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Un regard compatissant ou carrément déstabilisant

Tous et chacun avons à traverser différentes étapes tout au long de notre existence. De la plus tendre enfance jusqu’à l’âge adulte, ces étapes seront, entre autres, progressivement alimentées d’épreuves et de moments de bonheur dont l’intensité variera qualitativement d’un individu à un autre. Or, pour la personne ayant une particularité physique évidente, telle – par exemple –  l’absence d’un membre suite à une malformation congénitale ou à une amputation, certaines de ces épreuves se présenteront très tôt dès l’enfance.

Dans les premières années suivant la naissance, l’enfant amputé réalisera progressivement qu’il suscite une certaine curiosité chez les enfants et les parents de son environnement social immédiat. Si ses proches ont pris soin de bien le préparer à cet état de fait, l’impact ne sera pas majeur, surtout s’ils l’aident quotidiennement à relativiser affectueusement le fait, lui permettant de maintenir son estime de soi. Dans le cas contraire, celui-ci ne comprendra pas la raison de cette curiosité qu’il suscite et développera de l’hypersensibilité qui, progressivement, l’amènera à se construire un mur dans le but de se protéger sur le plan émotionnel. Toutefois, avec le temps, ce milieu social restreint auquel il se sera adapté finira par lui procurer une certaine sécurité puisque les gens ne le verront plus comme un enfant souffrant d’un handicap et c’est à partir de ce moment-là qu’il commencera à se considérer sur un même pied d’égalité que les autres enfants. Par le fait même, il découvrira l’amitié et tout l’enrichissement qu’il procure au plan personnel.

Or, cette sécurité sera à nouveau éprouvée au moment où il fera progressivement son entrée dans le MONDE. Sorti de son lieu de naissance pour entamer ses études secondaires, il fera à nouveau face aux difficultés vécues lors de son entrée à l’école primaire : un nouvel environnement et de nombreux inconnus qui, à nouveau, projetteront de la curiosité par rapport à cette différente physique évidente qui nous caractérisent. Ce coup d’œil curieux jeté sur soi exprimera soit un sentiment de gêne, de pitié, de rejet, d’indifférence ou fort heureusement de compassion, d’amour et d’amitié. Il va sans dire que ces trois derniers sentiments serviront de soupape afin de compenser les précédents. C’est à ce moment-là que les ressources du milieu seront fort utiles : enseignants, psychologues, amis(es) ou tout autre intervenant qualifié pouvant lui apporter le soutien nécessaire, s’il y a lieu.

Parallèlement, dans le cas où le parcours scolaire aurait été très éprouvant, faute de ressources adéquates, l’enfant ou l’adolescent(e) aura tôt fait de bloquer toute émotion négative résultant d’une expérience bouleversante émotionnellement, en lien avec sa différence physique. Et s’il n’y a pas d’exutoire, avec le temps, le mur qu’il s’est construit deviendra difficilement franchissable pour toute personne qui tentera tant que soit peu d’entrer intimement en contact avec celle-ci en vue d’une relation amicale ou amoureuse. Or, le refoulement exercé risquerait alors de mener à des comportements colériques ou antisociaux. Bref, il est possible que, par la suite, tout au long des années qui  suivront, cet individu ait de la difficulté à cerner qui il est véritablement.

Enfin, si tel est le cas, un jour ou l’autre devra s’amorcer la douloureuse tâche du retour à l’authenticité tant essentielle à l’expression de sentiments réels et profonds. Finalement, c’est à l’issue de cette réalisation que tout être humain pourra aspirer au bonheur.

4 commentaires on "Un regard compatissant ou carrément déstabilisant"

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